Un tout petit rien • Camille Anseaume

Ceci est la chronique d’une relecture. J’ai déjà lu ce roman à sa sortie en 2014, et j’avais très envie de le relire depuis des mois. L’annonce d’un nouveau roman de l’auteure à paraître le 1e mars 2018 m’a fait replonger dans ce texte en attendant le petit nouveau. Il me semblait l’avoir déjà chroniqué, mais visiblement non…

« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. Le plus gros engagement qu’on ait pris ensemble, c’était de se dire qu’on s’appellerait en fin de semaine. C’était quand même un mardi. On s’aime surtout à l’horizontale, et dans le noir, c’est le seul moment où on n’a plus peur de se faire peur, où on ose mélanger nos souffles sans redouter que l’autre se dise que ça va peut-être un peu vite. C’est beaucoup plus que sexuel, c’est beaucoup moins qu’amoureux. C’est nos culs entre deux chaises, c’est suffisant pour faire semblant de faire des bébés, pas pour en avoir. »

Ce roman est vraiment l’un de mes préférés, je l’ai autant aimé à ma deuxième lecture qu’à la première. J’ai même redécouvert des choses que j’avais oubliées et que nous avons en commun, Camille Anseaume et moi-même. Ce livre est qualifié de roman même s’il est en partie autobiographique – et cela se confirme avec la lecture du dernier “roman” de l’auteure, Quatre murs et un toit.

Ici nous suivons une jeune femme de 25 ans qui partage ses nuits avec un homme, mais pas beaucoup plus. C’est un couple sans vraiment l’être, qui va se séparer dès la découverte d’un enfant en cours de route. L’homme prévient immédiatement l’héroïne qu’il n’assumera pas son rôle de père si elle décide de garder l’enfant, et il la laisse se débrouiller avec ses désirs et sa conscience.

Dès lors, la jeune femme va passer par tous les stades pour décider si elle va donner la vie ou procéder à une IVG. Elle pèse le pour et le contre, interroge ses proches qui la poussent tous à avorter (sauf une). C’est un roman sur cette décision difficile à prendre, car comment s’en sortir si on devient une mère célibataire à 25 ans et qu’on vit dans un studio au septième étage sans ascenseur, et en bossant à son compte ? J’ai beaucoup aimé le cheminement de l’héroïne pour prendre sa décision, même si je l’ai parfois trouvée dure dans ses mots.

C’est une histoire à la fois intime et universelle, qui fait forcément réfléchir le lecteur, surtout s’il s’agit d’une lectrice – un “accident” est si vite arrivé, les moyens de contraception n’étant jamais fiables à 100%. Ce roman est pour moi intemporel et aborde des sujets importants : la grossesse non désirée, le droit à l’avortement, la condition des mères célibataires, et le regard de la société sur tout ça.

Camille Anseaume a une écriture qui touche en plein cœur, très touchante, poignante, mais parfois aussi drôle, sarcastique, qui rend son roman vivant et réel. On ne peut que s’attacher à son héroïne et se demander la décision que l’on prendrait à sa place.

Cette relecture a su me tirer les larmes et me faire rire comme la première fois. Je suis très heureuse de suivre le travail de cette jeune auteure depuis son premier roman, et je ne peux que vous conseiller de la découvrir si vous ne l’avez encore jamais lue !

Un tout petit rien, de Camille Anseaume
Disponible aux Editions Kero
depuis le 10/02/2018 au prix de 17€.

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