sobibor

Sobibor

de Jean Molla.

« Je l’ai fait pour qu’on m’arrête », répond Emma après avoir volé des biscuits dans un supermarché. Que se cache-t-il derrière ses mots, sa maigreur extrême, sa beauté douloureuse ? Quelle est l’origine de son anorexie : l’indifférence de ses parents, le silence, les mensonges savamment entretenus? Emma veut savoir. Emma veut comprendre. La découverte d’un vieux cahier fera bientôt surgir du passé d’épouvantables secrets. 

« Aujourd’hui, j’ai vomi pour la dernière fois ». Ce sont les premiers mais aussi les derniers mots du roman de Jean Molla, des mots forts et douloureux qui nous plongent in medias res dans la souffrance d’Emma, adolescente de 17 ans atteinte d’anorexie.

Ce sujet nous prévient sur la dureté du récit, car il n’est jamais simple d’être confronté à l’anorexie, maladie mentale dont des milliers de personnes, principalement adolescentes, sont atteintes et meurent chaque année dans le monde. Généralement, elle apparaît quand l’enfant refuse de grandir, de troquer son corps contre celui d’une femme séduisante avec des courbes et des seins, ou souhaite rendre son corps conforme aux photos des mannequins dans les magazines. Emma, elle, veut maigrir car son copain la trouve peut-être un peu ronde, et dès lors qu’elle commence à perdre du poids, elle entre dans une spirale infernale, spirale empirée par le décès de Mamoushka, sa grand-mère polonaise, et la découverte d’un mystérieux journal intime qui relate d’une période passée à Sobibor.

J’ai attentivement suivi mes cours d’Histoire au collège puis au lycée, mais je n’avais jamais entendu parler de Sobibor, donc la découverte du réel sujet du roman au cours de ma lecture a été un choc plutôt brutal. Pour les ignorants comme moi, Sobibor était un camp d’extermination en Pologne entre 1942 et 1943. Nous entrons dans le récit de cette période quand Emma, qui aide sa mère à ranger les vêtements de sa grand-mère quelque temps après son décès, découvre un journal intime sous une pile d’habits soigneusement rangés dans l’armoire, ayant comme intitulé « Journal de Jacques Desroches ». Le nom de Jacques Desroches, Mamoushka l’a prononcé peu avant sa mort pendant son sommeil, mais refuse d’en parler à Emma quand celle-ci l’interroge à son sujet, alors même qu’elles se confient tout ou presque. Emma subtilise donc ce journal puis nous plonge, nous lecteur, dans sa lecture en même temps qu’elle. Et c’est ainsi que nous lisons longuement le récit d’un jeune français qui prend parti du régime nazi et s’enrôle même dans la Légion des volontaires français contre le bolchevisme, afin d’être intégré dans l’armée allemande et de combattre sur le front soviétique. Dès lors, nous suivons ses aventures, et apprenons comment il devient espion nazi puis travaille à Sobibor. Cette partie du récit est encore plus dure que celle consacrée à l’anorexie, car nous sommes plongés dans les pensées d’un nazi, au coeur de ses états-d’âme contre les juifs, de son travail et nous sommes obligés de lire que cet homme, comme tant d’autres, cautionne ce crime contre l’humanité, le revendique même juste. Heureusement, le livre est court (à peine 200 pages), donc le traumatisme et le dégoût restent tout de même mineurs.

Ce roman se compose donc de l’entremêlement de la vie d’Emma, de ses pensées, et de celles de Jacques Desroches. Et quand, à la fin, on comprend pourquoi Emma est devenue à ce point malade, d’où provient réellement une partie de son mal-être, on en tombe des nues ; ce n’est jamais devinable avant la fin, et là je tire mon chapeau à Jean Molla qui a réussi à faire durer le suspense jusqu’au bout, à tenir le lecteur en haleine jusqu’aux derniers mots, en mêlant l’histoire d’Emma à l’Histoire avec un grand H.

« Je dirai en temps voulu comment je suis entrée en possession du journal de Jacques Desroches. Au début, je l’ai lu par curiosité, avec le sentiments de commettre une simple indiscrétion. Sans le savoir, j’étais comme la femme de Barbe-Bleue : j’ignorais quel monstrueux placard je venais d’ouvrir. Ce récit, je l’ai lu et relu. Je m’en suis remplie jusqu’à la nausée, sans faiblir.
Pour comprendre…
Pour comprendre quoi ? »

(chronique datant du 4 février 2013)

4 Comments

  • 5 années ago

    Faut juste que j’arrête de lire ton blog, j’ai envie de tout acheter et de tout lire oO !
    Il a l’air très bien celui-ci, j’aimerais beaucoup le découvrir maintenant. Dans ma Wish.

  • 4 années ago

    Celui-ci est dans ma PAL et il me fait très envie …Je n’avais jamais entendu parler de Sobibor non plus…

  • 4 années ago

    Gros boulet que je suis ^^ Je viens seulement de voir que j’avais déjà lu et commenté cet article ! C’est mon Feedly qui déconne ^^

  • 4 années ago

    J’ai vraiment passé un excellent moment avec ce livre même si Emma ne m’a pas particulièrement plu. J’aime beaucoup les questions que Sobibor nous force à nous poser…

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