Deux milliards de battements de cœur • Genki Kawamura

Deux milliards de battements de cœur est ma première lecture de l’année 2018, et son histoire est un peu particulière ! Je l’avais repéré au travail et je prévoyais de l’acheter, mais pas de suite vu la monstruosité de ma PAL… Et le jour où je me décide enfin à sortir la carte bancaire, horreur, le seul exemplaire que nous avions au magasin était introuvable ! Du coup je vais pour le commander, et là je vois qu’il est ÉPUISÉ chez l’éditeur ! Deux petits mois après sa sortie !!! Et vraiment épuisé, même pas en réimpression… Par chance il en restait un dans un autre Cultura de la région toulousaine, donc j’y ai foncé directement après ma journée pour qu’il ne me passe pas sous le nez ! Depuis je ne sais pas s’il a été réimprimé, mais visiblement il peut encore se trouver au moins en ligne…

« Il paraît que la durée de vie des mammifères est invariablement de deux milliards de battements de coeur, qu’ils soient très lents ou très rapides. Pour les éléphants, cela correspond à cinquante ans. Les chevaux, vingt. Les chats, dix. Les souris, deux. Pour les humains, le compte est bon aux alentours de soixante-dix années. » Trente ans. C’est l’âge du narrateur de cette histoire. Et son médecin est formel : il est atteint d’une maladie incurable, il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre. D’émotion, il perd connaissance de retour chez lui. Au réveil, deux visages sont penchés au-dessus de sa tête : celui de son chat et celui de son sosie… version extravertie ! Cet homme haut en couleur est le Diable en personne. Et il lui propose un marché : chaque jour, supprimer quelque chose du monde réel pour gagner vingt-quatre heures de vie supplémentaires. Il accepte. Quelques journées extraordinaires passent, où, confronté à des choix difficiles et à leurs conséquences pour ceux qu’il aime, il apprend à réévaluer son existence, son histoire, sa place dans le monde. Et puis, au cinquième jour, le Diable lui propose de supprimer les chats. La vie du narrateur va alors basculer une deuxième fois…

Vous devez vous en douter, mais si j’ai d’abord craqué pour ce roman, c’est grâce à sa superbe couverture et son joli chat (si vous n’avez pas encore compris mon amour incommensurable pour ces êtres à quatre pattes, c’est que vous êtes passé à côté de mon compte Instagram, de mon Snapchat, ou que vous ne me connaissez pas dans la vraie vie, ce qui est fort possible pour cette dernière supposition). Puis j’ai craqué pour son titre que je trouve à la fois poétique et énigmatique. Plus tard j’ai été très surprise de découvrir que Genki Kawamura est surtout connu en tant que producteur de cinéma, et qu’il a notamment produit Les enfants loups Ame & Yuki, Le garçon et la bête et Your name plus récemment – trois films d’animation japonais que je vous conseille fortement !

Mais pour en revenir au roman, je l’ai tout simplement adoré ! J’ai au départ été un peu décontenancée car l’écriture ne ressemble pas du tout à celle des autres auteurs japonais / asiatiques que j’ai déjà eu l’occasion de lire, qui ont une atmosphère et un style propres. Ici, le début est plutôt drôle et léger, et cela m’a désarçonnée, clairement ! Mais, j’ai bien ri, et la suite s’est révélée bien plus intéressante car elle apporte une réelle réflexion sur la vie et la mort : si je me savais condamnée à mourir d’un instant à l’autre, serais-je capable de supprimer des éléments réels du monde qui m’entoure pour prolonger mon existence ? Serais-je aussi égoïste et terrorisée par le fait de mourir pour ne pas penser aux conséquences que cela aurait sur les milliards d’autres êtres humains qui peuplent la planète ? Clairement, quand le narrateur (dont on ne connaîtra jamais le nom) se réveille d’un malaise et rencontre son double en chemise hawaïenne qui se présente comme étant le Diable et venant lui proposer ce marché, il ne réfléchit pas pendant des heures et demande à ce que soient supprimés la poussière, les moisissures… Mais un tel marché aurait été trop simple et le Diable propose plutôt de supprimer des choses comme le chocolat, les téléphones, les montres… ou les chats !

Dès lors, le roman prend une tournure très intéressante et fait prendre conscience au lecteur que des choses aussi insignifiantes du quotidien, que l’on considère comme acquises, ont un impact significatif sur la vie courante. Par exemple sans montre, comment se rendre compte du temps qui passe ? En quoi la mesure du temps affecte-t-elle le monde ? J’ai vraiment apprécié ces réflexions, qui petit à petit se mélangent au besoin du narrateur de revenir sur sa vie, sa dernière relation amoureuse, mais aussi la relation qu’il entretient depuis toujours avec son père et en particulier depuis le décès de sa mère. Mais également son besoin de réfléchir sur ce qu’il adviendra après sa mort, comment ses proches vivront sa disparition, et ce qu’il adviendra de son chat – s’il ne supprime pas ces animaux du monde réel.

Je me suis énormément attachée à ce personnage que j’ai trouvé très touchant. Ce roman mêle à la fois nostalgie et espoir, et c’est pour moi une lecture dont on ne sort pas indemne, car il fait forcément réfléchir. Il est tour à tour drôle et triste, et malgré son nombre de pages peu important (152), il fait passer par un arc-en-ciel d’émotions et ne laisse pas le lecteur insensible ni passif. Mon premier coup de cœur de 2018, et aussi mon premier coup de cœur en littérature asiatique !

Deux milliards de battements de coeur, de Genki Kawamura
Disponible aux Editions Fleuve
depuis le 9/11/2017 au prix de 15€90.

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