Un peu de théâtre polonais…

Théâtre polonais

 

Souhaitant diversifier mes lectures et ouvrir mes horizons livresques, je me suis rendue dans divers rayons du CRL (Centre de Ressources des Langues) de ma fac, j’ai vagabondé entre les rayonnages, et j’en ai tiré ces deux pièces de théâtre, courtes mais plutôt originales dans leur genre, tant au niveau du style que de l’histoire. 

♦ L’Enfant
Maria Spiss

La pièce est un dialogue entre «Lui» et «Elle». Le couple est un exemple de la réussite : belle maison, travail rémunérateur, amis fidèles et vie sociale animée… Quelque chose manque cependant à cette image d’une idylle improbable. Au cours de leur tête-à-tête, l’homme et la femme prennent progressivement conscience qu’aucune attache n’existe entre eux, mais qu’il est difficile, en même temps, de s’extraire de cette vie si confortablement «meublée». La solution à cette situation d’incommunicabilité et d’impuissance n’est jamais clairement explicitée. Peut-être est-elle suggérée par le titre de la pièce ? L’enfant serait-il le remède à la crise du couple ? Apporterait-il l’accomplissement qui lui fait si cruellement défaut ? Révélatrice des nouvelles tendances de la dramaturgie polonaise, cette pièce décrit le monde contemporain, envahi par la vague de nihilisme présent dans toutes les sphères de la vie sociale. La crise de la société, motivée par la chute des autorités, accompagnée d’une crise des relations émotionnelles, atteint sa cellule de base, la famille. Le manque d’idéal, l’amertume, l’ambition consumériste et la course à la réussite, font imploser le couple, avant même qu’il ne devienne famille.

J’ai bien aimé cette pièce de théâtre, qui selon moi sort de l’ordinaire. Déjà par sa forme : c’est un simple dialogue entre un homme et une femme, les répliques s’enchaînent sans qu’elles soient réellement liées, et surtout il n’y a aucune didascalie pour renseigner le lecteur : c’est à lui et lui seul de choisir la manière dont il se représente ces deux personnages, ainsi que l’intérieur dans lequel ils évoluent. En effet, les deux protagonistes ne quittent jamais leur appartement, c’est un réel huis-clos dans lequel ils réfléchissent sur leur vie, leur couple, leurs aspirations… J’ai trouvé très intéressant la manière dont le dialogue est construit ; il se divise en trois actes, mais pourtant rien ne changent vraiment dans chacun d’eux, le dialogue continue, et son but est toujours le même, même si nous ne le découvrons qu’à la toute fin. Enfin, j’ai beaucoup aimé l’absurde qui ressort des paroles des personnages, même si elles prennent tout leur sens, ou presque à la fin ; et cette manière de parler m’a fait penser au théâtre de l’absurde de Beckett, et c’est notamment pour cela que j’ai bien aimé cette pièce.

♦ La valise de Pantofelnik
Malgorzata Sikorska-Miszczuk

Un visiteur français reconnaît, parmi les objets exposés au Mémorial de la Shoah à Paris, la valise de son père, un Juif déporté à Auschwitz. Ce vestige d’un passé douloureux renvoie à toutes ces reliques banales, muettes et terrifiantes, enfermées dans des musées et dont Matgorzata Sikorska-Miszczuk désapprouve l’excessive sacralisation. Pour autant, cette valise est le point de départ d’une quête où le personnage principal se retrouve confronté à l’Histoire et à la mémoire. Pour l’auteur, qui récuse toute fatalité historique, il s’agit d’ouvrir la valise du passé pour en extraire le secret, révéler au grand jour la vérité et l’affronter lucidement – seule façon d’accéder à la quiétude et d’espérer des jours meilleurs…

J’ai aussi apprécié cette pièce de théâtre, mais pour de toutes autres raisons, car elles n’ont vraiment rien de commun, excepté le fait d’être toutes deux polonaises. Ici, la pièce est aussi construite de manière spéciale, du moins en ce qui concerne le texte, après au niveau de la représentation sur scène je ne peux pas me prononcer, car je n’ai vu aucune des deux. Ici nous avons un narrateur qui décide de nous raconter une histoire, mais au lieu de nous raconter une histoire qui s’est déjà déroulée, il nous conte plutôt quelque chose qui va se produire, et qui se produit ensuite sous ses yeux. En effet, nous avons affaire à un certain Michel qui, un jour, se rend au Mémorial de la Shoah à Paris, car sa femme l’y a poussé et qu’il n’a de toute façon rien de mieux à faire visiblement. Et une fois là-bas, il découvre une valise, qui aurait appartenu à son père. Et de là, nous apprenons l’histoire de ce Michel, son enfance, la déportation de son père, et il se noue un véritable dialogue entre la guide du Mémorial et Michel, ainsi qu’un autre dialogue entre le Narrateur et une certaine Jakline, et une sorte de discussion entre Michel et le souvenir de son père. J’ai trouvé cela très intéressant, d’autant plus que le ton de chaque dialogue diffère, et quand l’un est normal, l’autre à tendance comique, et le dernier plus tragique et plein de sentiments. J’ai trouvé que cette pièce de théâtre sait mélanger tous les tons pour servir une bonne cause, à savoir le travail de mémoire sur les importantes tragédies de notre Histoire.

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