Princesse Bari • Hwang Sok Yong

Princesse Bari

Princesse Bari

Hwang Sok-Yong

Je tiens tout d’abord à remercier la masse critique de Babelio ainsi que les éditions Philippe Picquier, qui m’ont permis de recevoir ce livre en partenariat. Je les en remercie d’autant plus car j’ai fait une très belle découverte, et ce livre m’a réconciliée avec la littérature asiatique, que je n’arrivais toujours pas, jusqu’à ce jour, à apprécier. Je suis désormais très curieuse de découvrir d’autres écrits de Hwan Sok-Yong et d’autres écrivains asiatiques. 

Princesse Bari conte l’histoire d’une jeune fille, frêle et courageuse, qui fuit la Corée du Nord à la fin des années 1990, se réfugie un moment en Chine avant de traverser l’océan à fond de cale d’un cargo et de débarquer dans un Londres clandestin où se côtoient toutes les langues et religions. A Londres, Bari gagne sa vie comme masseuse, mais elle ne soigne pas seulement les corps, elle console aussi les âmes. Car Bari a hérité de sa grand-mère des dons de voyance qui lui permettent de voyager dans les rêves et de lire les cauchemars dont souffrent les autres. Ce roman habité par l’âme d’une jeune fille affrontant seule, avec confiance et obstination, de terribles épreuves, puise aux sources anciennes du chamanisme coréen : il transfigure une très ancienne légende où une princesse abandonnée va chercher à l’autre bout du monde l’eau de la vie qui permettra aux âmes des morts de connaître enfin l’apaisement.

Si j’ai été très attirée par ce titre lors de l’opération de masse critique de Babelio, c’est parce qu’il traite d’un sujet que j’aime beaucoup lire, à savoir l’exil d’un personnage et la manière dont il s’adapte à sa nouvelle vie. J’avais adoré Filles de Shanghai de Lisa See ainsi que Une bonne épouse indienne d’Anne Cherian. Cette fois, avec Princesse Bari, ce n’est plus la Chine ni l’Inde que nous quittons, mais la Corée du Nord. Nous pouvons ainsi découvrir une autre culture, un autre régime politique, qui sont somme toute assez protégés et gardés secret par cet État.

Le livre s’ouvre sur l’histoire de Bari et de sa famille, composée d’elle-même, de ses parents, de six sœurs aînées, de sa grand-mère et d’une chienne. J’ai d’abord trouvé ça très plaisant de découvrir la manière de vivre en famille, propre, il me semble, à l’Asie (il me semble que c’est aussi souvent le cas en Afrique, mais je ne voudrais pas dire de bêtises, je suis assez inculte sur ce continent !). J’ai réussi à m’attacher à quasiment tous les personnages, même si les principaux sont quand même Bari, puis sa grand-mère et son chien (un petit de la chienne). J’ai aimé toutes les petites anecdotes concernant l’enfance de Bari dans son village puis dans une ville un peu plus grande, ses relations avec ses sœurs et plus particulièrement celle qui la précède : l’auteur réussit à ancrer Bari dans une famille et à montrer les liens importants qui existent entre tous les membres qui la composent.

Côté historique, j’ai adoré découvrir l’Histoire de la Corée du Nord ; les détails restent assez vagues mais l’on arrive à comprendre les difficultés que ce pays a connu encore récemment, car si Bari quitte la Corée vers ses 14 ans vers 1995 je dirais, on a quand même droit à toute son enfance et aux difficultés financières que rencontre sa famille, avec la tache ardue de trouver assez à manger pour nourrir tout le monde en temps de famine, sans éveiller la jalousie des voisins qui s’en sortent moins bien. Puis, arrive l’exil en Chine avec un simple fleuve à traverser parce que l’oncle de Bari est recherché par le gouvernement et a mis toute sa famille en péril : c’est dans des événements comme celui-ci que l’on se rend compte de la dureté d’une dictature et des mafias qui existent, du mal que ces organisations peuvent faire. Puis encore en Chine nous découvrons les difficultés rencontrées par de nombreux coréens clandestins recherchés par la police, ainsi que les conditions de vie de fugitifs en quelque sorte, non moins faciles elles non plus. Puis, survient l’exil à Londres, car il n’y a rien de mieux à faire. Et de nouveaux les difficultés rencontrées lors de la traversée en fond de cale puis là-bas, où il faut travailler dur pour rembourser le passeur, survivre etc. Ce livre est vraiment un long voyage rempli d’étapes toutes plus difficiles les unes que les autres à franchir, à savoir la faim, la perte d’êtres chers, l’adaptation à un nouveau pays et à une nouvelle culture, à une autre religion…

Et outre le côté historique, ce roman contient aussi une facette un peu mystique, puisque Bari a hérité d’un don de sa grand-mère. En effet, celle-ci peut voir les fantômes des morts et communiquer avec eux, que ce soit pendant son sommeil ou durant son long périple. J’avoue avoir eu un petit de mal par moments à repérer la réalité des songes, si je puis dire, parfois je ne savais plus si les personnages rencontrés étaient vivants ou morts. Mais cela ajoute de la poésie au récit, car ces rêves et rencontres sont vraiment bien racontés, j’ai eu l’impression de sentir des moments de pureté et de brouillard en les lisant.

Enfin, l’histoire de Bari notre héroïne s’entremêle sans cesse à l’histoire de la Princesse Bari, de laquelle elle tient son nom. Comme cette dernière, elle poursuit un but, elle est confrontée à des étapes tant durant son voyage réel que lors de ses cheminements dans ses rêves, et nous découvrons tout au fil du roman le conte de la Princesse Bari pendant que notre Bari vit sa vie. J’ai beaucoup aimé découvrir ces deux histoires, qui s’imbriquent parfaitement et se complètent, toutes les deux sont vraiment très belles.

Princesse Bari, de Hwang Sok-Yong.
Disponible aux éditions Philippe Piquier
depuis le 22/08/2013 au prix de 19€.

1 Comment

  • 4 années ago

    Je ne connaissais pas mais ça a l’air d’être un très beau livre ! Merci pour la découverte ^^

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