Les lettres de Rose • Clarisse Sabard

les lettres de rose

Il y a quelques mois, plusieurs romans s’articulant autour de l’épistolaire sont sortis en librairie. Les lettres de Rose est l’un de ceux qui me tentaient le plus, même s’il ne s’agit pas d’un roman épistolaire à proprement parlé (il contient des lettres, certes, mais le plus gros de la narration est classique). J’ai donc craqué et l’ai acheté il y a quelques semaines, et je n’ai pas réussi à attendre bien longtemps pour le découvrir !

Lola a été adoptée à l’âge de trois mois. De nos jours, à presque 30 ans, elle travaille dans le salon de thé de ses parents, en attendant de trouver enfin le métier de ses rêves : libraire. Mais sa vie va basculer lorsqu’elle apprend que sa grand-mère biologique, qui vient de décéder, lui a légué un étrange testament : une maison et son histoire dans le petit village d’Aubéry, à travers des lettres lui apprenant ses origines. Elle découvre ainsi la vie de son arriere grand-mère Louise, de sa grand mère Rose et de sa mère Nadège, ainsi que les dérangeantes circonstances de sa naissance. Mais tous les habitants ne voient pas d’un bon œil cette étrangère, notamment Vincent, son cousin. Et il y a également le beau Jim, qui éveille en elle plus de sentiments qu’elle ne le voudrait. Réveiller les secrets du passé lui permettra-t-elle d’avancer vers son avenir ?

Ayant lu le préquel Lola juste avant, je n’ai pas pu m’empêcher de commencer ce roman dans la foulée. Bien qu’un peu simple au début, la plume de Clarisse Sabard gagne en assurance au fil des pages, pour nous révéler une saga familiale sur quatre générations de femmes ; pour moi, la jeune auteure excelle dans le domaine comme sait si bien le faire l’australienne Tamara McKinley. C’est donc une première agréable surprise que j’ai eu de ce côté-là !

Les lettres de Rose nous plonge immédiatement dans le quotidien de Lola, jeune femme adoptée alors qu’elle n’avait que trois mois, qui ne découvre ses origines qu’à ses vingt-huit ans, quand sa grand-mère biologique décède et la nomme sur son testament. Lola va dès lors être partagée entre son désir de savoir d’où elle vient et la raison de son abandon, mais aussi celui de ne pas blesser ses parents adoptifs en s’intéressant au secret entourant sa naissance. J’ai beaucoup aimé cette manière qu’a Lola de réfléchir, en pensant d’abord aux autres plutôt qu’à elle-même, même si elle connaît peu les gens. Mais pour que l’histoire avance, son meilleur ami ne va pas se gêner pour la secouer ! S’il n’y a bien qu’un défaut que je dois souligner dans ce roman, c’est bien ce personnage, que j’ai trouvé bien trop superficiel et caricatural ; et c’est bien dommage car j’ai l’impression que c’est le personnage le moins abouti, sans pour autant être le moins travaillé, je ne sais pas comment expliquer ce sentiment… Je crois que je n’ai pas réussi à l’apprécier car pour moi il répond trop aux clichés que l’on pourrait facilement donner à ce genre de personnages. Seul point négatif heureusement pour moi dans ce roman.

Car l’essentiel repose quand même sur la lignée de femmes qui a précédé Lola dans sa famille biologique. Là où j’ai trouvé que Clarisse Sabard excelle, c’est en reprenant la généalogie à partir de l’arrière-grand-mère, Louise, dès le début du XXe siècle, peignant avec fascination l’évolution de cette femme mais aussi de la société dans laquelle elle vit. Le côté historique a été très bien travaillé et ce destin de femme m’a fascinée ! Pourtant Louise n’est pas vraiment un personnage attachant, se révélant perfectionniste, à la limite de la domination sur ses proches, un réel bourreau de travail qui souhaite laisser son empreinte dans son village, Aubéry. Ce village est d’ailleurs un véritable personnage à lui seul, abritant des secrets, évoluant avec le temps et ses habitants. Grâce aux descriptions précises de l’auteure, je m’y voyais vraiment, j’avais l’impression d’évoluer dans un véritable monde de pierres plutôt que de papier.

Ce qu’il est important de noter et que j’aurais dû préciser avant (vous m’excuserez donc pour le côté un peu décousu de cette chronique, tant il y a de choses à dire sur ce beau roman !), c’est qu’il y a une alternance de narrateurs : parfois nous suivons Lola dans le présent, et parfois nous lisons l’histoire de la famille Garnier racontée par Rose à travers des lettres et des journaux intimes. Rose est la fille de Louise, et c’est donc naturellement que nous allons également connaître beaucoup de choses concernant son histoire, sa vie personnelle, ses joies et ses peines, ses amours, ses peurs… A l’inverse de sa mère, Rose est rêveuse et artiste dans l’âme, s’intéressant constamment à de nouveaux domaines. Les deux tempéraments vont tour à tour s’affronter et se soutenir, s’aimant et se haïssant au gré des années et des événements qui conjuguent leurs vies. Ces deux femmes sont les piliers de la famille, effaçant leurs maris qui se révèlent bien faibles à côté de ces deux forts caractères. Cela montre parfaitement l’évolution de la femme et son affirmation dans la société, Louise et Rose étant des personnages forts, qui savent se battent pour les idéaux qu’elles défendent, quitte à faire de faux pas. J’ai réellement adoré ces deux personnages, qui portent le roman à elles seules ! Même si j’ai apprécié Lola et son histoire, il est vrai que j’avais toujours un petit pincement au coeur en quittant le passé, et je me hâtais de lire le présent pour y revenir ! Et puis dans la logique, une petite partie du roman est accordée à la mère de Lola. Mais je ne dirai rien sur ce personnage pour ne pas vous gâcher la lecture, car c’est réellement à ce stade que le secret entourant la naissance de Lola va se révéler subrepticement. Petit à petit, le lecteur commence à coller les morceaux disséminés tout au long du roman, et deviner cette fin plus ou moins époustouflante. J’avais deviné la moitié du secret dès le départ, donc peu de surprise pour moi, même si c’est bien mené (et logique en connaissant les personnages).

Aussi, c’est à la toute fin que le titre Les lettres de Rose s’impose, alors même que je ne le trouvais pas logique jusque-là, et sa signification est très belle pour ce qu’elle enferme. J’ai passé un si bon moment dans la vie de ces femmes que j’avoue avoir souvent ralenti ma lecture, pour ne pas les quitter. Et là où l’auteure a aussi fait très fort, c’est que j’ai maintenant très envie de visiter le village de Tournon-Saint-Martin, qui lui a inspiré Aubéry. Un roman à découvrir absolument si vous aimez les destins de femmes, les sagas familiales, les secrets de famille, mais aussi et évidemment le monde des mots (livres, lettres, journaux intimes, carnets). Si vous cédez à la tentation, je vous conseille de lire ce roman comme si vous suciez un bonbon au miel : doucement et en prenant des pauses, comme si vous coinciez le bonbon contre votre joue ; la lecture n’en sera que plus délicieuse dans sa longueur.

Les Lettres de Rose, de Clarisse Sabard.
Disponible aux Editions Charleston
depuis le 9/05/2016 au prix de 18€.

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