Les Hors-Venus • Claire Julliard

Les Hors-Venus

Ce roman, dès que j’ai vu sa couverture puis lu son résumé sur le site des éditions Belfond, j’ai immédiatement souhaité le lire car le sujet m’a de suite attirée, d’autant plus que je n’avais encore jamais rien lu dessus – une secte religieuse aux Etats-Unis dont l’héroïne s’échappe. Je remercie donc énormément les éditions Belfond, et particulièrement Célia pour cet envoi.

Désert de Chihuahua, 2012. Mélanie, une jeune Française de quinze ans, marche au hasard, épuisée : elle tente d’échapper au gourou de la secte dans laquelle elle vit avec sa mère depuis l’enfance. Reprise par les hommes du terrible Jordan Kimmel, qui exerce un pouvoir sans limite sur ses fidèles, elle retombe sous son emprise. L’adolescente rebelle possède heureusement deux alliés dans la Communauté : Mikael, un détective infiltré, et Harlan, le gardien au lourd passé. Tous trois vont s’échapper, cette fois sans retour. Mais leur liberté a un prix. Afin de se soustraire définitivement à l’autorité mafieuse des hommes de Kimmel, ils doivent changer d’identité et se réfugier sur une île en apparence déserte…
De nouveau hors du temps, hors du monde, ils sont enfin maîtres à bord, dans un éden qui pourrait ressembler comme deux gouttes d’eau à une nouvelle prison.
A travers l’odyssée de trois « hors-venus » qui questionnent le caractère liberticide du monde moderne, Claire Julliard nous propose une fable initiatique, l’histoire d’un retour à la vie.

Dès les premières pages, les premières lignes même, j’ai été happée par le récit de Mélanie. Cette adolescente de quinze ans a décidé de s’enfuir de la secte où sa mère l’a emmenée avec elle quand elle n’avait que cinq ans. Assoiffée de liberté, l’héroïne a profité que le portail soit ouvert et sans surveillance pour s’échapper, sans même prendre un couteau ni de l’eau. Mais bien vite elle est rattrapée et de nouveau séquestrée par le terrible Jordan Kimmel, un gourou aussi fou que maléfique. Le retour forcé de Mélanie au sein de cette secte nous permet de découvrir comment se passe la vie là-bas, comment un être libre d’esprit qui n’adhère pas à cette secte y vit sa captivité.

Puis,  quelques semaines après son retour forcé, Mélanie a de nouveau l’occasion de s’enfuir, mais cette fois elle est accompagnée de deux hommes : Mikael – trentenaire, prof de sport qui se révèle être un détective privé infiltré – et Harlan – la soixantaine, gardien de la secte embrigadé par Kimmel à cause d’un lourd passé. A eux trois, ils réussissent à regagner leur liberté perdue, mais pas pour longtemps, car ils sont rapidement rattrapés par les forces de l’ordre. Sous couvert d’être protégés, nos trois héros se retrouvent de nouveau privés de liberté, et chacun le vit à sa manière, et pas très bien. Mélanie cherche à tout prix à s’éduquer, quand Mikael et Harlan essayent de se remettre à la page, et à récupérer de leur captivité dans la secte.

J’ai trouvé le point de vue de Mélanie excellent car c’est elle qui a le plus à apprendre, tant au niveau culturel qu’humain, mais aussi de la société. Avant même de savoir lire et écrire, elle a dû se plier à des règles qui n’ont rien à voir avec la communauté classique, et aussi culturellement, elle ne connaît que ce que Kimmel a bien voulu lui laisser apprendre. De plus, Mélanie est très curieuse et réussit à analyser et décrire ses compagnons de fortune, qu’elle préférerait souvent, lors de son périple, ne plus avoir dans sa vie, pour enfin pouvoir prendre ses propres décisions et gagner entièrement sa liberté.

Car c’est ça qui est le pilier de ce roman : l’appel de la liberté, pour trois personnages qui en ont été privés pendant longtemps, voire même, dans le cas de Mélanie, qui l’a très peu connue. Mais cette liberté sera durement gagnée, car à chaque fois que nos héros se détachent d’une entité supérieure, une nouvelle la supplante, les empêchant de réellement vivre leur vie, de vivre pour eux.

Aux 3/4 du roman, j’ai ressenti un léger désintéressement, une toute petite lassitude, car le même schéma se répète par trois fois dans la construction du roman. Mais peu après, Claire Julliard bouleverse cet ordre établi pour changer de narration, et ainsi elle a su me re-captiver jusqu’à la fin. J’ai compris par la suite que ce léger flottement correspond probablement à la lassitude de Mélanie à ce moment-là du roman, car c’est là qu’elle prend enfin sa vie en main.

Puis, la fin arrive rapidement, les dernières pages défilent à toute vitesse, et le dénouement… Je l’ai adoré. Pendant tout le roman, on nous le souffle à l’oreille, les personnages secondaires le murmurent, jusqu’à ce que Mélanie cède à la fin. J’ai été un peu surprise par cette fin, mais je l’ai beaucoup aimée, il était logique que le roman se termine comme cela.

Malgré un petit flottement, j’ai donc adoré ce roman, comme je le prévoyais, et je vous le recommande fortement ! C’est un roman qui permet de réfléchir mais aussi de voyager, de s’évader, et de découvrir des personnages vraiment attachants, chacun à leur manière car tous différents.

Les Hors-Venus, de Claire Julliard.
Disponible aux Editions Belfond
depuis le 4/02/2016 au prix de 18€.

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