Les batailles d’Hastings • Éric Haviland

Les batailles d'Hastings

Les batailles d’Hastings est un court roman que j’ai dans un premier aperçu dans le petit espace culturel de mon village, mais que je ne me suis décidée d’acheter qu’en vacances, dans la librairie que fréquente mon amie Sarah. Je n’ai pas pu résister plus longtemps car ce roman m’interpellait depuis notre première rencontre, je n’arrivais pas à l’oublier alors même que je n’avais lu que son résumé.

« Espèce d’idiote ! Pourquoi tu m’as fait ce coup-là ? Pourquoi ? Je ne t’aimais pas beaucoup, d’ailleurs personne ne t’aimait. Alors pourquoi moi ? Pour que je n’oublie jamais ce que j’ai vu quand j’ai ouvert la porte de notre chambre au Collège d’Hastings ? Tu avais pourtant l’air heureuse, l’autre jour au match de rugby et puis après au pub. Tu étais presque jolie, j’étais même jalouse.
Et maintenant, qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que je vais dire à ta mère ? Tout le monde est gentil avec moi, les filles veulent aller chanter à ton enterrement mais je m’en fous. Tu m’emmerdes, Cynthia, et je ne savais pas qu’on pouvait avoir tant de chagrin. »

Éric Haviland explore avec beaucoup de délicatesse le moment si fugace et pourtant si crucial où un événement dramatique fait basculer une adolescente dans l’âge adulte. À la manière d’un Henry James, il se fond dans le décor feutré d’un pensionnat anglais et nous offre un roman aux multiples entrées.

Les batailles d’Hastings fait à peine 121 pages, mais il m’a pourtant fallu presque 5 jours pour en venir à bout. Je vous épargnerai le moment très stressant de ma vie pendant lequel je l’ai lu, car c’est surtout le sujet très difficile et la beauté de l’écriture de l’auteur qui m’ont fait lire ce roman avec une certaine retenue, et beaucoup de pudeur. Je ne voulais pas le dévorer trop vite pour en savourer chaque phrase, chaque tournure, qui expriment avec poigne et sincérité le passage d’une adolescente à l’âge adulte, confrontée brutalement au suicide de sa compagne de chambrée de l’internat.

En effet, l’héroïne, Eleanor, découvre un matin sa camarade Cynthia pendue au tuyau du radiateur de leur chambre. Dès lors, la jeune fille va traverser diverses étapes, être confrontée à différents sentiments : la culpabilité, la colère, la haine, le remord, tout en vivant un véritable raz de marée interne, confrontée à des flashs backs qui ne lui laisseront aucun répit. Eleanor vit un véritable chagrin qu’elle ne se pensait pas capable d’éprouver, ne se reconnaissant pas, ne sachant plus où elle en est de sa vie, de ses envies et espérances.

Fort heureusement, Eleanor ne se débat pas seule contre ses démons, une professeure ainsi que ses plus proches amies et d’autres étudiantes la soutiennent dans cette dure épreuve. C’est un vrai roman mettant le groupe, l’amitié à l’honneur ; aucune des filles n’est jamais laissée abandonnée à elle-même : une simple présence, un sourire ou une parole sont toujours exprimés pour battre la solitude et les sentiments imposés par la défunte.

Les batailles d’Hastings exprime à la fois l’événement historique (1066) comme les batailles qu’Eleanor vit au fond de son être, perturbée par tous ces sentiments qui la submergent, la noient presque. L’auteur a, à mon goût, trouvé un excellent titre pour son roman. Car les batailles se trouvent être fort nombreuses dans ces quelques pages, et c’est aussi pourquoi j’ai voulu prendre mon temps pour la lecture. La lecture de quelques pages à peine me rendait essoufflée comme après une bataille, balayée par les vents hivernaux, secouée par les sentiments d’Eleanor, et les souvenirs à peine évoqués des combats de la bataille d’Hastings.

Ce roman est donc certes très court, mais à l’inverse très intense, faisant sans cesse ressentir une impression de lourdeur, d’un poids sur la poitrine. Éric Haviland a une plume majestueuse que je prendrai sûrement plaisir à redécouvrir, et sa comparaison avec la Sofia Coppola de Virgin Suicides est à mes yeux totalement censée et juste.

Les batailles d’Hastings, d’Éric Haviland.
Disponible aux Editions Le Livre de Poche
depuis le 11/05/2016 au prix de 5€90.

4 Comments

  • 1 année ago

    C’est toujours que du bonheur de lire tes chroniques !!! Merci pour cette découverte

    • Flight of Swallow
      1 année ago

      Avec plaisir ! J’espère que tu aimeras ce roman si tu le lis !

  • 1 année ago

    Ta chronique me donne tellement envie de découvrir ce roman ! :)

    • Flight of Swallow
      1 année ago

      N’hésite pas à le faire et à me dire ce que tu en as pensé :)

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