Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates • Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

De prime abord, quand ce livre est sorti en 2009 et que tout le monde en parlait et qu’il était dans les vitrines de toutes les librairies, je ne voulais absolument pas le lire, et ce pour deux raisons : son titre vraiment trop long et bizarre, et le fait qu’il soit autant plébiscité. Je ne connaissais même pas le sujet de l’histoire, mais ces deux raisons m’ont éloignées de ce livre jusqu’au début du mois. Enfin, je l’ai acheté il y a bien trois mois (au moins), mais je ne l’ai lu qu’au début de ce mois car j’ai finalement décidé d’organiser une lecture commune sur Livraddict autour de ce titre pour le 30 juin, date qui arrive à grands pas. 

Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, un natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis – un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d’un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d’une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et une tourte aux épluchures de patates…) délices bien évidemment strictement prohibés par l’occupant. Jamais à court d’imagination, le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates déborde de charme, de drôlerie, de tendresse, d’humanité Juliet est conquise. Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle et même d’autres habitants de Guernesey , découvrant l’histoire de l’île, les goûts (littéraires et autres) de chacun, l’impact de l’Occupation allemande sur leurs vies… Jusqu’au jour où elle comprend qu’elle tient avec le Cercle le sujet de son prochain roman. Alors elle répond à l’invitation chaleureuse de ses nouveaux amis et se rend à Guernesey. Ce qu’elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais.

Je pense que j’ai bien fait d’attendre si longtemps pour à mon tour succomber à cette lecture, car je ne pense pas qu’à l’époque le sujet m’aurait autant intéressée, subjuguée et touchée. Comme le dit le résumé, nous sommes plongés au cœur de l’Angleterre de l’après-guerre de 1945 : le sujet pourrait sembler dur, déprimant, mais au contraire tous les personnages présents nous montrent le courage avec lequel ils ont vécu cette période charnière de leur vie, malgré des moments très difficiles. Mais avant tout, nous sommes plongés au cœur d’un cercle littéraire, et nous découvrons que, peu importe les horreurs qui peuvent se passer dans le monde ou dans son village, il existe des gens autant voire plus passionnés de littérature que nous, pour lesquels ce loisir aura été un moyen de survivre face à l’ennemi. En effet, si les membres du cercle littéraire des amateurs de tourte aux épluchures de patates de Guernesey (pour être plus précis, et heureusement que le roman ne porte pas ce titre encore plus long) ont justement créé et rejoint ce cercle, alors même que la plupart d’entre eux n’avaient plus touché un seul livre depuis qu’ils avaient quitté l’école, c’était pour échapper aux très craints camps de concentration parce qu’ils avaient osé dépasser le couvre-feu imposé par les patrouilles allemandes présentes sur leur île.

Si j’ai aimé ce livre, tout d’abord c’est pour sa forme : il ne m’est pas habituel de lire des romans épistolaires, et quand c’est le cas, j’adore – enfin jusque-là, j’ai toujours accroché aux livres écrits de cette manière. J’avoue qu’au début, j’étais un petit peu perdue quant aux personnages, je ne comprenais pas trop les liens qui les reliaient, mais au fil des pages tout devient très clair et je me suis attachée à tout ce petit monde, haut en couleurs et si différent au niveau des caractères et personnalités.

J’ai tout de suite adoré Juliet, l’héroïne principale, qui pour moi représente bien la force de caractère des femmes, surtout pour l’époque : elle est libre et seule maîtresse de ses choix, jamais elle ne se laisse dicter sa conduite ni ses décisions par un homme, elle est autonome et tour à tour drôle, féminine, agaçante, attachante, amoureuse… J’ai vraiment beaucoup aimé toutes les facettes de sa personnalité, surtout quand elle fait part de ses coups de cœur (pour des livres et auteurs, pour un homme, pour l’île de Guernesey, pour ses habitants, et plus particulièrement pour une petite fille). Vraiment, ce côté épistolaire est tellement bien tourné que l’on arrive à connaître le passé de Juliet dans un premier temps, mais également celui des membres du Cercle et de leurs conditions de vie à Guernesey lors de la Seconde guerre mondiale. Mais là où les auteures ont encore plus réussi leur coup, c’est qu’elles m’ont fait m’attacher et adorer un personnage qui n’est tout le temps qu’évoqué et n’apparaît jamais : je me suis autant attachée à cette femme qu’à Juliet, déjà parce que j’adore son prénom (Elizabeth, cachez-vous si vous n’aimez pas le personnage d’Elizabeth Bennet autant que moi, ou je vous traînerez sur la place publique ! – bon peut-être pas, mais on risque de ne pas s’entendre si vous n’aimez pas l’Elizabeth de Jane Austen, et je ferme ainsi cette parenthèse qui ne m’éloigne que trop de mon sujet). Je disais donc que j’aime particulièrement le personnage d’Elizabeth dans ce roman, je soupçonne même les auteures de lui avoir choisi ce prénom car elle est aussi forte de caractère et courageuse qu’Elizabeth Bennet dans Orgueil et Préjugés, roman cité justement comme étant l’un des préférés de Juliet, qui s’attache à « son » Elizabeth (comprenez celle du roman et pas celle d’Austen) autant que j’ai pu le faire.

En fait, je remarque en écrivant ces lignes et maintenant que mon impression sur ce roman a pu mûrir (je l’ai lu il y a deux semaines), que j’ai littéralement vécu l’histoire à travers Juliet et exactement comme elle, j’ai ressenti les mêmes choses qu’elle de manière égale, j’ai détesté et aimé les mêmes personnages qu’elle, et tout comme elle j’ai eu envie de découvrir l’île de Guernesey. Je sais bien que depuis 1946 il y a eu d’énormes changements là-bas, tout s’est modernisé, mais pourtant j’étais sereine et calme lors de ma lecture, comme si le bruit des vagues et la nature alentour m’apaisaient, alors même que j’étais tranquillement installée dans mon lit, et que les histoires concernant la guerre qui y sont relatées sont loin d’être calmes et reposantes.

Au final cette lecture n’aura pas été un coup de cœur, il m’en faut plus quand même, néanmoins elle a été très agréable, j’ai appris des choses, j’ai découvert Guernesey et son Histoire, je me suis attachée aux personnages qui m’ont semblé représenter une grande famille. Et à la fin, quand j’ai refermé le livre, j’ai eu l’impression de, certes, fermer l’histoire, mais que les personnages continuaient à vivre leur petite vie tranquillement sur leur île, une petite vie pleine d’amour et de littérature.

9 Comments

  • 4 années ago

    Je trouve ta chronique superbement écrite, je n’en suis qu’au début du livre mais j’ai hâte de le continuer, il a l’air super bien !

    • 4 années ago

      Je t’avoue que je ne pensais pas m’emballer autant, mais après réflexion, j’ai vraiment adoré ce livre et pas simplement aimé, et sa force ce sont vraiment ses personnages ! Je ne sais pas si, comme moi, tu t’es sentie perdue au début, mais finalement je les ai tous aimés sauf un.

      • 4 années ago

        Oui c’est un peu déroutant tous ses personnages donc tant mieux si on s’y retrouve davantage au fur et à mesure :)

      • 4 années ago

        ces*

  • BouQuiNeTTe
    4 années ago

    Je trouve qu’on s’y retrouve pas si mal dans les lettres. Les personnages sont ajoutés au compte-goutte. J’avais plus peur qu’il me manque des informations (genre tout ce qu’ils n’écrivent pas et qui se passe quand on a le dos tourné !) mais ça a été aussi finalement :)

    • 4 années ago

      Je trouve aussi ! J’ai juste eu un peu de mal au début car je m’y perdais dans les personnages et il me manquait des éléments pour tour comprendre, être plongée dans le récit « in medias res » m’a un peu déroutée mais après quelques pages ça allait !

  • petitemarie29
    4 années ago

    Très jolie chronique ! On a un ressenti très proche mais pour moi, cette lecture a vraiment été un coup de coeur !
    C’est lequel le personnage que tu n’as pas aimé ?

    • 4 années ago

      C’était Mark Reynold que je n’ai pas aimé, dès le début je l’ai trouvé imbu de lui-même. Billy Bee aussi m’a exaspérée à la fin, mais au moins son mauvais côté aura donné un peu d’action, t ça j’ai beaucoup aimé, ce petit côté suspense !

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