La chance que tu as • Denis Michelis

la chance que tu as

Bonjour !

Nous nous retrouvons cette fois pour que je vous parle de nouveau d’un roman qui sera publié aux éditions Stock à l’occasion de la rentrée littéraire, dans leur collection La Forêt. Si vous vous souvenez bien, j’ai déjà lu il y a deux semaines un roman de cette collection, qui m’a rendue curieuse quant aux autres qu’elle contient. Si La chance que tu as me faisait envie mais sans plus lors de sa présentation à Paris, malgré le plaisir d’écouter parler l’auteur (un beau gosse en plus haha), j’ai finalement pris une grosse claque, car le sujet assez simple au final – l’expérience du premier job d’été – est raconté par une écriture exceptionnelle.

Ici au moins, il est au chaud.
Ici au moins, il est payé, nourri, blanchi.
Ici au moins, il a du travail.
L’enfermement le fait souffrir certes, mais pense un peu à tous ceux qui souffrent vraiment.
Ceux qui n’ont plus rien.
Alors que toi, tu as une situation et un toit où dormir, ça n’est pas rien tu sais.
Et tu oses te plaindre.

En ouvrant ce roman, je ne m’attendais pas à grand-chose. En fait, soyons honnêtes : je ne m’attendais à rien de particulier. Je savais qu’il allait être un tant soit peu original car le passage sur le chat qui pleure dans les premières pages, qui avait été lu lors de la présentation à Paris, m’avait marquée et beaucoup touchée. Mais à part ce souvenir prometteur, je ne m’étais fait aucune attente, car le sujet est simple et je n’avais aucune idée de la manière dont il serait traité : de manière neutre, humoristique ? Ni l’un, ni l’autre. Ce roman se révèle assez sarcastique par le ton employé, mais il dénonce surtout la méchanceté gratuite et la cruauté humaine, sans pour autant entrer vraiment dans l’intime. En effet, le héros n’a pas de nom, donc il est assez difficile de le connaître, bien que tout ce qui le touche soit vraiment raconté de manière personnelle.

Le héros, sans nom donc, est embauché comme serveur pour l’été dans un restaurant appelé tout au long du roman « le domaine », au cœur d’une forêt : les employés y sont logés, nourris et blanchis, et en contre-partie ils gèrent l’affaire et sont payés. Le lecteur se retrouve immédiatement happé dans cet univers qui oscille dangereusement entre réalité et fantastique si je puis dire, à la limite de la folie, car le temps ne semble pas se dérouler comme dans la réalité, et le héros est en quelque sorte emprisonné dans cet endroit qui l’embauche. Il se retrouve à la merci des autres, et en particulier de la responsable des serveurs et du chef cuisinier, qui se révèlent vraiment être des personnages odieux, chacun à leur manière, et manipulateurs au possible. Les autres employés ne sont pas des anges non plus, et chacun a pris le héros en grippe, au point de jouer avec lui, ce qui doit très certainement le rendre fou, et expliquer alors toutes ces anomalies concernant le temps, entre autres.

Je ne dirais pas que je me suis prise d’affection pour ce héros, car il est somme toute difficile de s’attacher à quelqu’un dont on ne connaît pas l’histoire, ni au moins son nom, mais néanmoins j’avais envie de le soutenir tout au long du récit, et de savoir comment l’histoire allait s’achever pour lui. Allait-il réussir à sortir de ce marasme, ou se laisser dominer par les personnes qui l’exploitent, l’avilissent au point de le rendre animal ? (Je ne révélerai rien à ce propos, mais je dirai seulement que ces passages sont très durs et accentuent l’impression de folie, de farce presque, qui se dégage de ce roman.) Ici nous suivons un jeune homme qui découvre à quel point les humains peuvent se révéler cruels, sans raison apparente, simplement par plaisir (ça, c’est ce qu’on appelle du sadisme pur et simple), au point qu’il retrouve ses origines animales. Nous nous retrouvons donc au final à suivre une chose mi-homme / mi-bête, qui ne cherche qu’à retrouve sa normalité, sa vie d’avant.

Ce roman est vraiment sombre, l’atmosphère qui s’en dégage est très particulière, mais bizarrement, j’ai adoré. J’ai adoré suivre l’évolution du héros, ses changements, les questions qu’il se pose, la remise en question de lui-même qu’il fait, en acceptant au final de penser que le problème vient certainement de lui et non des autres. Presque à la fin, il y a un épisode vraiment choquant que j’ai adoré là aussi, car il montre ce que la folie pourrait amener à faire, dans une vaine tentative de retrouver sa liberté et sa normalité.

La chance que tu as est une claque magistrale, un livre hors du commun que je conseille à tous, car même s’il est très noir, il est extrêmement bien écrit et a réussi à me tenir éveillée la nuit malgré toutes les horreurs psychologiques qui y sont décrites. Peut-être que je vous fais peur avec ce que j’en dis, tellement ce livre est emprunt de cruauté, mais honnêtement, ce n’est pas un livre d’horreur, simplement il amène le lecteur à la barrière de la folie, il joue avec ses nerfs et son cerveau afin de démêler le vrai du faux. Une vraie gifle.

La chance que tu as, de Denis Michelis.
Disponible aux éditions Stock, dans leur collection La Forêt
depuis le 20/08/2014 au prix de 17€.

2 Comments

  • 3 années ago

    Je ne connaissais pas et ce que tu en dis donne envie. J’aime bien les styles un peu particulier alors pourquoi pas :)

    • Flight of Swallow
      3 années ago

      Si tu aimes, je te conseille également La chance que tu as de Denis Michelis qui sortira le 20 août chez Stock alors ! Ils font partis de la même collection (La Forêt), et j’ai cru comprendre que celle-ci fourmille de livres aux styles un peu particuliers ^^

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