J’aurais préféré m’appeler Dupont • Guillemette le Vallon de la Ménaudière

chronique j'aurais préféré m'appeler dupont

J’aurais préféré m’appeler Dupont

Guillemette le Vallon de la Ménodière

Je tiens dans un premier temps à remercier les éditions Stock pour l’envoi de ce livre, qui m’a immédiatement attirée quand je l’ai vu sur leur site, alors même que je ne l’avais jamais aperçu en librairie. Ce titre passe malheureusement inaperçu me semble-t-il, alors que même dans sa simplicité, il aborde des thèmes forts qui ne peuvent pas laisser indifférent. J’espère vous donner envie de le découvrir malgré son prix qui peut en rebuter certains vu le peu de pages…

Sa mère fait tout comme il faut, elle prend du sucre avec une pince, elle ne pouffe pas, elle sourit et baisse la voix pour ne pas déranger même quand il n’y a personne. Son père a des chaussettes en fil d’Écosse, l’été il met des espadrilles bleu marine. Guillemette, elle, rêve de sabots en bois cloutés, d’aller au Flunch le dimanche à midi, d’intégrer le corps des majorettes et de danser avec les Clodettes. Ça ne peut plus durer. À sept ans, sa petite valise à la main, elle annonce à ses parents : « Je vous quitte. »

Le roman, autobiographique visiblement, s’ouvre à notre époque : Guillemette le Vallon de la Ménodière est en vacances avec des amies à elle, quand un brigadier l’appelle pour lui annoncer que son fils préado (12-13 ans donc, par déduction) a fugué. De là part le véritable sujet de l’oeuvre : l’auteure se remémore sa propre fugue à elle quand elle avait sept ans, et prend ce prétexte pour nous raconter son enfance, ses joies et ses peines de faire partie d’une famille aristocratique, avec un nom à particule à vous faire ouvrir grand les yeux comme des ronds de flan.

Guillemette le Vallon de la Ménodière, donc, a grandi dans une famille dont la particule régit la vie : la religion est omniprésente dans son éducation, notamment par sa mère qui est très croyante et est son professeur de catéchisme (premier souci pour cette petite fille) ; la musique qu’elle doit écouter ne peut pas être populaire comme Claude François qu’elle adule pourtant, non, c’est le classique qui prime à la maison, sinon sa mère attrape la migraine ; cette maison d’ailleurs n’en est pas vraiment une, puisqu’il s’agit d’un petit château avec une tour, qui plaît tellement aux ami(e)s de Guillemette mais la met, elle, mal à l’aise ; cette petite fille fait partie d’une famille nombreuse (quatre fillettes au total) qu’elle considère comme une tribu ; et j’en passe et des meilleures. Vu comme ça, on peut dire que l’enfance de Guillemette n’était pas tant que ça à plaindre, même si personnellement je me serais bien passée de la religion et de la musique classique à sa place, ça je le conçois.

Mais plus qu’une interminable plainte, ce livre est avant tout une rétrospective de Guillemette le Vallon de la Ménodière sur son enfance, qu’elle arrive à analyser, disséquer, avec son regard d’adulte, ce qui lui fait prendre conscience d’un tas de choses dont elle ne pouvait pas se rendre compte quand elle était enfant. J’ai beaucoup aimé la réflexion qui s’en dégage, l’auteure réussit vraiment à réaliser que les choses qu’elle trouvait négatives et barbantes à l’époque ont servi à sa construction, qu’elles ont vraiment bâti l’adulte qu’elle est aujourd’hui, qu’elles lui ont permis de devenir la femme qu’elle est et de prendre les décisions qui se sont imposées à elle jusqu’à maintenant. Les choix qu’elle a fait, comme ne pas obliger ses enfants à la vouvoyer, découlent vraiment de l’éducation qu’elle a reçu, et elle en prend pleinement conscience, et en même temps elle arrive à accepter la personnalité de sa mère, les carcans que celle-ci continue à imposer autour d’elle.

Tout au long de cet ouvrage, nous (re)vivons donc des anecdotes, des moments de la vie de l’auteure, tour à tour joyeux, futiles, sérieux, graves. Certains passages m’ont faite rire aux éclats, d’autres m’ont faite réfléchir, et d’autres encore ont su me tirer quelques larmes et rendent le livre plus intense, plus sérieux aussi. Les thèmes abordés, que je ne révélerai pas pour vous laisser la pleine surprise, sont vraiment hétéroclites et tous importants. Le seul regret que je pourrais avoir sur ce bouquin, c’est qu’il est un peu court, j’aurais aimé rester en compagnie de Guillemette un peu plus longtemps, car je me suis réellement attachée à l’enfant qu’elle était et à l’adulte qu’elle est devenue.

Et pour conclure, un petit passage que j’ai particulièrement aimé :
 » Mon problème, c’est que j’aime tout, j’adore tout, j’aime qu’on m’aime, je suis en manque de tout.
Dans ma famille, on est quatre filles. C’est pas compliqué, on divise tout par quatre, même l’amour de nos parents qui, par-dessus le marché, n’adorent que Dieu. »

J’aurais préféré m’appeler Dupont, de Guillemette le Vallon de la Ménodière.
Disponible aux éditions Stock
depuis le 7/05/2014 au prix de 15€.

6 Comments

  • 3 années ago

    Je l’ai lu également et trouvé dans ma librairie favorite ;)
    Vraiment un bon moment, et comme tu dis, je serais bien restée quelques pages de plus avec elle !!!
    Mon billet est sur mon blog si tu veux y jeter un coup d’oeil …

  • 3 années ago

    je comptais l’inclure dans ma rubrique « les envies du mercredi » de cette semaine car moi aussi je suis attirée par ce titre. Sentiment confirmé à la lecture de ta chronique. Merci

    • 3 années ago

      Je ne connais pas cette rubrique, mais je ne peux que te conseiller cette lecture :)

  • 2 années ago

    Ta chronique donne tres envie de lire ce livre, qui, a n’en pas douter, doit être plein d’humour et de bonnes surprises !! C’est marrant cette petite fille, en lisant les exemples que tu donnes, m’a fait penser à la pétite fille du tres beau livre de Muriel Barbery, « l’élégance du hérisson » qui se lie d’amitié avec la concierge attachante de sôn immeuble et qui grâce à son intelligence brosse le portrait de la société bourgeoise dont elle appartient….

    • Flight of Swallow
      1 année ago

      L’élégance du hérisson traîne dans ma PAL depuis des années… Il faudrait que je songe à l’en sortir un jour !

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