Dernière caresse • Catherine Guillebaud

Dernière caresse

Dernière caresse

de Catherine Guillebaud

Ce petit roman, je le traînais dans ma PAL depuis presque deux ans. Je l’avais acheté sur un coup de tête et de coeur à Virgin, et je le voyais souvent dans ma PAL, sans jamais franchir le pas de la lecture, mais c’est maintenant chose faite ! Ce fut très rapide, étant donné qu’il fait à peine 124 pages. A peine, mais c’est largement suffisant pour l’histoire ; s’il avait été plus long, il aurait traîné en longueur et m’aurait finalement déplu. 

Il s’appelle Mastic des Feux mignons. Il descend, par son père, d’Ian du Bec-Étoile et, par sa mère, de Ceenzo Vitoune de la Mutinerie. C’est un setter anglais de sexe mâle, né le 17 avril 1994. Par l’effet d’une tradition familiale, Elle l’a immédiatement rebaptisé à son arrivée dans la maison. Il est devenu Joyce, en mémoire de qui vous savez, patronyme choisi pour son prédécesseur qui était irlandais.

Entre Elle et lui, c’est une histoire d’amour. Une histoire de maison, de saisons, de gestes répétés à l’infini, où peu à peu se tisse, dans les replis du quotidien, la trame d’une famille. Un chien sentimental se met à parler et des lignes de vie se croisent, des lieux se précisent.
Il y a dans le regard des bêtes une lumière profonde et doucement triste, disait Francis Jammes. C’est de ce regard-là qu’il s’agit. De ce qu’il nous donne à voir des humains.

Dernière caresse n’a pas été un coup de coeur, loin de là, c’est le genre de livre dont j’aurai déjà oublié les détails l’année prochaine, mais j’ai tout de même passé un petit moment agréable, sans prise de tête, à découvrir la vie à travers les yeux d’un chien à l’aube de la mort.

Joyce, car tel est son nom donné par sa famille d’adoption, a l’oeil très ouvert sur le monde qui l’entoure, les humains et leurs relations, et il nous conte dans ces quelques pages les anecdotes qui ont marqué sa vie, les personnes qui l’ont traversée, que ce soient des humains ou des animaux, et surtout sa relation avec Elle, sa maîtresse, et quelques moments, bons ou mauvais, avec son époux et ses deux filles qu’il a vues grandir. Dès le départ, il se sent et se sait malade et vieux, mais il fait tout pour le cacher, car il ne veut pas que le regard de sa maîtresse s’apitoie sur lui ni qu’elle le fasse euthanasier, afin de passer plus de temps et ses derniers instants avec Elle.

Ce roman est une très belle histoire d’amour entre un chien et sa maîtresse, les sentiments décrits par l’animal sont extrêmement forts et uniques, surpassant très certainement ceux éprouvés par les humains. Et malgré ça, de petites notes d’humour pointent le bout de leur nez, surtout à propos des chats qui ne sont pas épargnés une minute, sauf Opium, le grand ami de Joyce, mais elles concernent aussi les chevaux et les moutons qui, d’après le setter anglais, sont les animaux les plus stupides du monde. Quelques scènes sont marquantes voire presque choquantes aussi, comme un abandon d’animaux, la stérilisation d’un cheval et le carnage dans un troupeau de moutons, et ce sont quelques rebondissements qui réveillent le lecteur, qui lui permettent de ne pas s’ennuyer et de ne pas rester sur sa faim, car le récit n’est en lui-même pas très exaltant puisque la vie d’un chien est loin trépidante vu qu’elle est principalement rythmée par des siestes et des balades dans le parc et ses environs.

Enfin, la fin du roman est annoncée de manière sous-jacente dès le début, le livre devient ainsi une sorte de Mémoire de Joyce, mais jamais le pathos ni l’agace n’apparaissent, le setter anglais s’en va doucement mais sûrement, et sa mort résume bien sa vie : elle se passe de manière calme et douce.

 » Je termine ma vie sans encombre majeur. Pas de pourrissement intérieur, pas de plaie ouverte, pas de désordre physiologique. Non, l’aspect général peut faire illusion. C’est de sécheresse et de rouille que je meurs. C’est plus discret, mais ça fait mal. « 

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