Cinq jours • Douglas Kennedy

Cinq jours

Cinq jours

Douglas Kennedy

Il y a des auteurs, cela fait des années qu’on les connaît, qu’on connaît leur œuvre sur le bout des doigts même si on n’en a pas lu tous les ouvrages, pour ne pas devoir attendre avec impatience et frénésie la sortie du prochain, pour garder de bonnes lectures en réserve car l’on sait qu’on les aimera forcément, même si la plume dudit auteur a le pouvoir et le don de ne jamais se répéter et de toujours nous emporter ailleurs, vers de nouveaux horizons. Pour moi, c’est le cas avec quelques auteurs, que je peux compter sur les doigts d’une seule main : Marc Levy, Jane Austen, la Comtesse de Ségur… et Douglas Kennedy. J’ai découvert Douglas Kennedy quand j’avais quatorze ou quinze ans, avec La femme du Ve : ce n’est pas mon roman préféré mais il a tout de même un petit plus comparé aux autres, car il est celui qui m’a permis de découvrir cet auteur, c’est avec celui-ci que j’ai été charmée et que j’ai voulu frénétiquement aller plus en avant dans la découverte de l’œuvre de Douglas Kennedy. Assurément, mon roman préféré de cet écrivain était, jusqu’à hier soir, Une relation dangereuse. Jusqu’à ce que je referme Cinq jours

Peut-on jamais réinventer sa vie ?

Laura et Richard.
Deux inconnus à un tournant de leur existence.
Deux êtres, l’un et l’autre enfermé dans son couple.
Un homme, une femme.
Une rencontre, l’espoir qui renaît.
Mais sommes-nous libres de choisir le bonheur ?

Cinq jours, l’histoire d’une passion.
Le roman le plus bouleversant de Douglas Kennedy.

J’ai entendu parler de Cinq jours à peine quelques semaines avant sa sortie, car même si j’ai des auteurs de prédilection, comme Douglas Kennedy, je ne m’intéresse que très rarement aux prochaines sorties littéraires, car j’ai déjà assez de lectures qui m’attendent dans ma bibliothèque pour que je n’aie pas ce besoin frénétique d’acheter un livre le jour de sa sortie (sauf à l’époque des Harry Potter, que je pré-commandais à mon buraliste / libraire, mais ceci est une autre histoire, ancienne qui plus est). Cependant, depuis que je suis sur la blogosphère et YouTube, je tombe parfois sur de petites révélations comme celle-ci. Et je suis dans tous mes états, entre impatience, frénésie, et peur. Oui, peur ; peur de trop attendre de cette lecture, peur d’être déçue, car ces quelques auteurs qui réussissent à se placer au-dessus des autres dans mon cœur, je les adule, je suis intransigeante avec leurs livres, et ils ont plutôt intérêt à ne pas faire de faux pas. Je peux accepter une petite déception de temps en temps, mais après cela me mine pendant un bout de temps, et j’ai un peu peur d’aller vers un autre livre de l’auteur concerné. Bref, j’attendais donc la sortie de Cinq jours avec frénésie et angoisse, car le résumé n’en dit pas long, mais la couverture est magnifique. Le jour de sa sortie, je suis allée en librairie, mais celle-ci n’avait pas été livrée car le transporteur avait rencontré des problèmes d’acheminement, visiblement. Quelques jours après je partais en vacances, loin de toute librairie, donc je suis partie un peu chagrinée. Dès mon retour je me suis de nouveau rendue dans cette librairie et, ô joie, Cinq jours trônait parmi les nouveautés, même s’il n’était pas spécialement mis en évidence. J’ai réfléchi avant de le prendre, car son prix n’est tout de même pas très abordable, mais j’ai finalement pris l’exemplaire le moins abîmé et me suis rendue en caisse, toute contente. Et je ne le regrette pas.

J’ai commencé ce roman sans aucun espoir ni appréhension, je m’y lancée totalement à l’aveugle, sans aucune attente autre que de redécouvrir l’excellente plume de Douglas Kennedy. Dès le début, j’ai été charmée, aspirée dans cette histoire. Mais cette histoire, de quoi parle-t-elle au juste ? Pour faire simple, la narration est faite par Laura, radiologue âgée de 42 ans, mère d’une ado et d’un jeune adulte, malheureuse en mariage et vivant dans une petite ville du Maine, qui se rend un week-end à un colloque de médecine centré sur les techniques de radiologie, scanner etc dans la ville de Boston. Là-bas, elle y rencontre un homme. Je ne veux pas vous spoiler, mais néanmoins vous dire de ne pas vous faire d’attente, de ne pas déduire ce qui est déductible de ce bref résumé. Oui, il y aura une histoire d’amour. Mais non, elle n’est pas classique, ordinaire, fade. Non, l’amour n’est pas le principal moteur de ce roman. L’histoire de Cinq jours, comme vous pouvez vous en douter, se déroule principalement sur quelques jours, mais le pourquoi du comment de cette histoire est expliqué par les personnages eux-mêmes, qui se dévoilent tour à tour, et nous dévoilent également les confins du bonheur et de la vie.

Nous avons, comme je vous l’ai déjà dit plus tôt, d’un côté Laura, mère de famille de 42 ans, coincée dans un mariage d’où l’amour semble s’être échappé. Et de l’autre côté nous avons Richard, un quinquagénaire qui n’a pas l’air, lui non plus, d’être heureux avec la femme qui lui sert d’épouse, ni dans son métier d’assureur à Bath. Je me suis immédiatement prise d’empathie pour Laura, qui se révèle être une femme forte à l’extérieure et fragile à l’intérieur, un pilier pour sa famille et ses proches alors qu’elle-même aurait besoin d’un peu de soutien et d’amour de temps en temps. Nous nous retrouvons littéralement dans la tête de Laura, au cœur de ses réflexions, de ses interrogations, de ses doutes, et je pense qu’ainsi, il devient très difficile de ne pas s’attacher à elle. Nous avons son double masculin dans la personne de Richard, qui est un homme abattu durant sa jeunesse et qui s’enferme dans un rôle qui ne lui convient pas pour ne jamais décevoir les grandes figures castratrices qui l’entourent tout au long de sa vie. J’ai réellement adoré les échanges entre ces deux personnages, qui sont tellement cultivés et nous apprennent à notre tour des choses durant notre lecture, tant sur l’état d’esprit des gens du Maine que sur la société américaine, tant sur la littérature que sur la peinture ou le cinéma ; leurs dialogues sont tellement enrichissants et palpitants que l’on ne s’ennuie pas une seule seconde ! Alors oui, on peut se sentir exclus car il est rare d’avoir autant de connaissances qu’eux deux (et encore plus d’eux deux réunis !), mais il suffit de tout prendre comme ça arrive, et d’éventuellement se renseigner plus tard sur les œuvres citées, décortiquées avec flegme et enthousiasme.  Personnellement, je n’ai qu’une envie maintenant : me pencher un petit peu sur toutes ses références pour enrichir cette lecture et ma culture.

Mais outre ces dialogues enflammés à propos d’œuvres qui semblent être tombées dans l’oubli, nous avons droit dans ce roman à une belle leçon de vie, à une ode au bonheur et surtout au droit au bonheur. Comme je le disais, tant Laura que Richard est enfermé dans un mariage malheureux, et à partir de là, tous deux se posent les questions : Mais qu’est-ce que le bonheur ? Y ai-je droit ? Comment l’obtenir ? Et à chacun de décider ce qu’il fera le lendemain et les jours à venir, à chacun de prendre sa décision en ce qui concerne ces questions, et à chacun d’écrire la prochaine page de sa vie. J’ai littéralement adoré ce roman pour les questions qu’il a suscitées en moi, ce livre nous fait nous interroger nous aussi sur notre vie, nous fait remettre en question notre situation actuelle pour savoir si l’on est déjà heureux ou sinon, de quelle manière nous pouvons accéder au bonheur. Sachant que Douglas Kennedy a écrit Cinq jours après son divorce, il est très simple de comprendre d’où sont sorties ces interrogations, et il est très intéressant, pour nous lecteur, de nous les poser à notre tour.

Je pense que l’on ne peut pas sortir indemne d’une telle lecture. Si nous comprenons sa visée, elle nous bouleverse forcément, car elle nous permet de nous rendre compte si nous sommes malheureux… ou déjà heureux. Comme vous pouvez probablement le deviner, ce roman est devenu incontestablement mon préféré de Douglas Kennedy. Mais aussi mon préféré tout court. Ce roman dépasse les Harry Potter, Orgueil et préjugés, Le Petit Prince, et tous ces livres qui m’avaient déjà marquée à vie. Cinq jours devient un peu ma Bible, j’ai déjà envie de le rouvrir et de revivre toutes les émotions que j’ai pu ressentir lors de ma lecture. Je suis seule responsable de mon propre bonheur, voici ce qu’il me murmure.

Quelques citations : 

« Enfin, je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres mais dans mon cas, si je lis tellement, si j’ai toujours un livre à portée de la main, c’est parce que c’est un remède contre la solitude, vous ne croyez pas ? »
_ page 190.

« Vous pouvez faire l’expérience du deuil à un très jeune âge, et cela a été mon cas, mais la compréhension la plus profonde de ce qu’est la perte d’un être cher n’acquiert toute sa dimension qu’avec le temps : c’est alors que vous commencez à réfléchir sérieusement à tout ce que vous n’avez pas accompli, tout ce qui se teinte de regret, tout ce qui donne à la vie cette impression d’incomplétude. A ce moment vous comprenez que les années filent de plus en plus vite, que faire du surplace est certes la solution la moins risquée mais qu’elle vous a rendu statique. Alors vous vous dites qu’il est temps de croquer la vie à pleines dents »
_ page 257.

« On ne peut pas vivre selon un scénario idéal, pas vrai ? Je veux dire que la vie n’est pas un roman dans lequel l’auteur peut faire en sorte que certaines choses se produisent… »
_ page 344.

Cinq jours, de Douglas Kennedy.
Disponible aux éditions Belfond
depuis le 3/10/2013 au prix de 22€50.

8 Comments

  • 4 années ago

    Je veux !!! =)
    Merci pour cette chronique convaincante ;)

  • 4 années ago

    Ta chronique est tellement belle, j’ai vraiment super hâte de lire ce livre! La dernière phrase de ta chronique est juste magnifique . <3

    • 4 années ago

      Merci beaucoup Fiona, ton commentaire me fait très plaisir <3 J'espère qu'elle atteint au moins la cheville de ce superbe livre <3

  • 4 années ago

    Ta chronique est vraiment belle et pleine d’émotions qu’on a tellement envie de nous plongé dans ce roman. Je n’ai encore jamais lu un roman de l’auteur, et je dois t’avouer que ta chronique me donne envie de commencer par celui-ci. En tout cas, merci pour ta chronique très belle et qui plus est convaincante !

    • 4 années ago

      Merci à toi pour ton commentaire ! J’espère que tu liras ce roman un jour, et même les autres de Douglas Kennedy, car cet auteur a vraiment une plume magnifique <3

  • 4 années ago

    Au vu d’une si belle chronique, j’ai du mal à avouer que je n’ai jamais lu Douglas Kennedy !
    Bonnes lectures !

  • 4 années ago

    Wahou ! Eh ben, on peut dire que tu mets le paquet pour donner envie :) C’est vrai qu’a priori, il ne me tentait pas trop, une banale histoire d’adultère, mais tu as l’air de dire de ne pas se fier aux apparences, alors je lui donnerai une chance, surtout s’il a supplanté tous tes autres coups de coeur. En tout cas, très joli blog, original, j’adore les photos présentation de livres :)

    • 4 années ago

      Merci pour ton commentaire ! Je te le conseille vraiment, ce livre part d’une histoire d’adultère, certes, mais c’est beaucoup plus que ça, c’est surtout une grande remise en question sur la vie et le bonheur. L’adultère n’est finalement qu’un prétexte pour implanter l’histoire et surtout la réflexion que celle-ci entraîne.

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