A coups redoublés • Kenneth Cook

à coups redoublés

Ma PAL est tellement énorme que j’avais complètement oublié l’existence de ce roman, qui devait y être depuis au moins trois ans. Puis, en farfouillant un peu parmi mes petits livres, je me suis dit que j’allais enfin lui donner sa chance et le découvrir.

Que s’est-il passé le samedi 17 juin au Calpe, l’hôtel-bar-discothèque où viennent s’amuser les jeunes Australiens ? Par quel enchaînement en est-on arrivé à ce « tableau d’ignominie, d’effroi et de confusion » décrit par le procureur  Les frustrations de John Verdon, après une dure semaine de travail aux abattoirs, ont sans doute pesé lourd… Mais il n’est pas le seul à s’être laissé entraîner par ses pulsions vers l’issue fatale.

Le roman s’ouvre sur un procès, et la suite alternera ainsi : un chapitre sur le procès / un chapitre sur ce qu’il s’est passé. Cela peut-être un peu déroutant voire frustrant au début car, en plein milieu  de l’action, l’auteur nous coupe dans notre élan pour faire avancer le procès. Mais petit à petit le lecteur se rend compte que ce rythme particulier lui est utile pour essayer de comprendre les faits, de deviner qui est le meurtrier et qui est la victime dans cette histoire. Car le plus frustrant, c’est bien cela : ne pas savoir exactement ce qu’on lit. Mais cela permet d’avoir une surprise énorme à la fin, de tomber des nues !

Pour arriver à son compte, Kenneth Cook nous dépeint une Australie où l’argent, l’alcool, les femmes et la bagarre sont le pilier de la société. Entre un gérant d’hôtel qui n’a aucun scrupule à servir de l’alcool à des mineurs et à des gens frôlant le coma éthylique, un abatteur qui ne jure que par l’alcool, le sexe et la bagarre, et un jeune qui, pour s’affirmer en tant qu’homme, n’hésite pas à violer une adolescente, il n’y a pas un seul  personnage intègre pour rattraper les autres. Il semblerait que les habitant du bush australien se noient dans leur déchéance et y trouvent un semblant de bonheur, de moteur pour vivre.

Les chapitres (et le roman) étant très courts, les pages défilent à une allure folle. Le lecteur se trouve happé par ce récit particulier, durant lequel il n’aura le temps ni de s’attacher aux personnages ni de compatir pour l’un d’eux. Aucune empathie ne peut être ressentie,  car aucun sentiment positif n’est exprimé. Les pages sont lues, happées, le rythme accélère à la fin pour laisser place à l’impensable, l’identité du meurtrier et de sa victime sont révélés brutalement et le lecteur ne peut qu’en être surpris. Et le roman s’arrête là, laissant le lecteur choqué et décontenancé.

Cette lecture se révèle donc rapide et originale, mais le fait qu’aucun des personnages ne soit attachant me laisse penser que ce ne sera pas une lecture marquante pour moi dans le temps. Elle est agréable sur le moment, j’ai aimé la plume de l’auteur que je serai heureuse de continuer à découvrir, mais, le choc passé, elle ne se révèle pas si inoubliable que ça. Néanmoins je vous la conseille tout de même car Kenneth Cook sait jouer avec les mots et avec nos nerfs, sans se révéler mauvais dans son travail.

A coups redoublés, de Kenneth Cook.
Disponible aux Editions Le Livre de Poche
depuis le 3/01/2013 au prix de 6€10.

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